Le tour du monde en 80 films!

Le cinéma en long, en large, et en travers, du film d'auteur le plus nombriliste à la série z la plus bourrine!

06 juillet 2008

Arizona Junior - (1987) - Jöel Coen

arizona_junior_imagesfilmSynopsis: Hi, impénitent cambrioleur de supermarchés, passe beaucoup de temps dans la prison de Tempe en Arizona. Il y rencontre un jour Ed, charmante femme policier, dont il tombe éperdument amoureux. Términé les braquages, il se marie et part pour l'usine qui ressemble somme toute à la prison. Hi et Ed voudraient un enfant mais Ed est stérile. Or un jour des quintuplés font la une de la presse locale. Hi et Ed décident d'en voler un. Sur cinq, cela ne se verra pas trop…

Verdict:
Qui aurait pu croire qu’après un monument de noirceur tel que leur Sang Pour Sang, les frères Coen reviendraient sur le devant de la scène avec Arizona Junior, farce jubilatoire et déjantée traçant l’itinéraire peu banal de deux tourtereaux allumés décidément trop à l’étroit dans le moule préconçu d’une Amérique qui se regarde le nombril. Campés par un Nicolas Cage au faciès inénarrable et une Holly Hunter à l’élocution délicieusement rustique, les protagonistes dessinés au fil de ce second long métrage, un braqueur de supermarchés récidiviste et une ancienne flic reconvertie en femme au foyer, tentent par tous les moyens de fonder un foyer modèle, espérant arizonajunior3ainsi se frayer une place dans le cadre d’un american dream froid et hermétique dont ils ne parviendront jamais à franchir les marges. Véritable tourbillon visuel aussi barjot que tortueux, Arizona Junior laisse en chantier le genre noir précédemment exploré par les deux cinéastes, et enchaîne loufoqueries scénaristiques et prouesses techniques là où Sang Pour Sang s’attachait à développer une ambiance glaciale et particulièrement pesante. A la froideur clinique de leur premier long métrage s’oppose donc une mise en scène colorée et nerveuse à l’inventivité constante, et le portrait de losers finis qui, s’ils sont encore une fois incapables de suivre les lignes tracées pas les voix impénétrables de la bien-pensance et du politiquement correct, sont ici dépeints avec tendresse et compassion. Mais s’il semble se détacher de son aîné de façon radicale, ne serait-ce que par son traitement visuel, ce second long métrage s’avère en réalité d’une parfaite cohérence sur le plan arizonajunior8symbolique, poussant à son paroxysme la caricature d’une société américaine aveuglée par le prêt à penser et étouffée par la prégnance de mythes et d’images fantasmatiques (que la photo de la «famille» McDonnough suffit à déformer) faisant office de dictat idéologique. Prémices de leur futur Big Lebowski, qui constitue certainement le sommet comique de la carrière des deux cinéastes, ce second passage derrière la caméra surprend toujours par l’étonnante modernité de sa mise en scène. Vertigineux et virtuose, Arizona Junior témoigne de l’extrême ingéniosité de ses auteurs dans le choix des cadrages et la précision du découpage, optant pour l’iconoclasme, la nervosité et l’accumulation d’effets de style.
D’une clarté édifiante sur le plan narratif, et ce malgré les partis-pris périlleux que s’impose le métrage en terme rythmique et structurel (notamment une scène d’introduction de près de dix minutes à la construction remarquable), dépeignant avec une ironie jouissive des individus à la fois pathétiques et terriblement attachants, ce second coup de maître, s’il fait preuve de arizonajunior24l’audace formelle et scénaristique des frères Coen et de leur extraordinaire capacité à renouveler leurs univers, forge une des constituantes majeures de leur filmographie, assimilant à leur habituelle mécanique de l’engrenage les récits absurdes et décalés de personnages désaxés et caricaturaux, devenant par la même les antithèses pures et parfaites du système au sein duquel ils évoluent, système en l’occurrence asphyxié par le brouillard des années Reagan. Pure comédie givrée, mais avant tout véritable récit humain, teinté de surréalisme et flirtant aussi bien avec le road-movie que le film de kidnapping, vacillant d’un bout à l’autre entre une excentricité jubilatoire et une sincérité touchante, Arizona Junior donne également l’occasion à bon nombre d’acteurs de second rang de se frayer une place au sein du cercle des acteurs fétiches des cinéastes, John Goodman et Frances McDormand (déjà présente dans Sang Pour Sang) étant par la suite devenus deux habitués du cinéma des frères Coen (ainsi que Holly Hunter, dans une arizonajunior74moindre mesure, que l’on retrouvera uniquement dans leur O’Brother).
Car si le second long métrage des deux prodiges s’avère d’une remarquable efficacité en terme de mise en scène, il tient tout entier sur les épaules de comédiens d’une justesse exemplaire, dont les performances s’appuient continuellement sur un inépuisable sens du détail, garni de très nombreuses subtilités que l’on ne découvre qu’au fil des visionnages. A la mine hirsute d’un Nicolas Cage surexcité s’ajoutent ainsi les gesticulations exacerbées d’une Holly Hunter sublime et hilarante, tous deux épaulés par un duo John Goodman/ William Forsythe aussi pathétique que désopilant. Patchwork stylistique et référentiel plutôt que dynamitage de genre à proprement parler, Arizona Junior s’accapare néanmoins des figures archétypales du cinéma d’exploitation pour mieux en contourner les codes, en transformer les intentions et les comportements. On ne s’étonnera donc arizonajunior83pas de voir chacun des personnages bousculer peu à peu les charges mythologique qu’ils revêtent, s’interroger sur leur propre identité, leur fonctionnalité diégétique et idéologique. Au départ simple hors la loi passant le plus clair de son temps derrière les barreaux, le personnage de Nicolas Cage n’aura de cesse tout au long du récit de se dresser contre une fatalité systémique et identitaire qui tendrait à le cloîtrer dans le cadre infranchissable du «bad guy» propre au cinéma de genre. Ce refus soudain d’une résignation préconçue, antinomique des récits d’un Miller’s Crossing ou d’un Barton Fink, se dessine également à travers les personnages de John Goodman et William Forsythe, gangsters évadés de prison, donc eux aussi affublés d’une charge mythologique prédéterminée, qui finiront par conjurer le sort en réparant leur erreur de leur propre chef.

S'il ne représente pas la quintessence du cinéma des frères Coen en terme thématique, cet Arizona Junior, pur délire visuel aussi jouissif que maîtrisé, dépasse son aîné Sang Pour Sang par l'aboutissement d'une mise en scène millimétrée et les performances hallucinantes d'acteurs virtuoses. Un bijou, qui confirmait l'immense talent des deux cinéastes...et ce n'était encore qu'un début!

5,5/6

Posté par Kiserzose à 04:16 - Coen, Joël et Ethan - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juillet 2008

Diary of the Dead - (2008) - George A. Romero

diary18951962 Synopsis: Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé.

Verdict: Rares sont les cinéastes de genre à avoir su garder au fil de leur carrière la hargne et la viscéralité qui étaient autrefois la marque de fabrique de leur cinéma. Entre un Tobe Hooper qui semble avoir sombré dans la caricature, un Dario Argento qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a abandonné les psychotropes, et un John Carpenter qui a visiblement du mal à se remettre de ses derniers échecs au box-office et dont on attend toujours le retour sur grand écran, George A. Romero, malgré plusieurs œuvres en demie-teinte et quelques baisses d’inspiration au cours des dernières année, restait un des maîtres incontestés du genre, et l’un des plus brillants artisans du cinéma d’horreur made in USA. Mais malgré toute l’affection que l’on peut porter pour la carrière du grand Romero, dont les fulgurances de mise en scène s’accompagnaientt toujours d’un diary18893348discours méta-textuel radical et rentre-dedans sur la société américaine, ce n'est pas tant la tendance  du réalisateur à céder à un partis-pris de mise en scène très en vogue à l’heure actuelle que celle d’adapter son cinéma aux attentes qu’il peut susciter auprès de la critique, qui fait de son Diary of the Dead un plantage en bonne et due forme. Certes politique depuis 1968 et le premier La Nuit des Morts-Vivants, le cinéma du réalisateur américain avait toujours su privilégier le travail de forme, sans que le discours qui émanait du récit n’en altère à un moment ou à un autre l’impact émotionnel. Mais dans ce dernier long métrage, le cinéaste, en plus d’appliquer une thématique sur-utilisée que bon nombre de réalisateurs contemporains brandissent en étendard, traite son sujet avec une grossièreté et une maladresse qui frisent la dissertation scolaire, ne se pose jamais aucune question de mise en scène, et oublie son spectateur en cours de route. Car là où le brillantissime [REC] de Paco Plaza et diary18807425Jaume Balaguero optait pour l’émotion brute et privilégiait l’immersion de son audience, la mise en scène et la force évocatrice intrinsèque à la narration parvenant à elles seules à se faire vecteur de sens, Diary of the Dead, symptomatique du changement de cap de son réalisateur, confond enjeux narratifs et démonstration thématique, s’autorise tous les débordements visuels possibles et imaginables sous prétexte d’un filmage en caméra portée, et se fait pamphlet politique banal et simplifié plutôt que véritable film de zombies. A la lourdeur et la facilité de certaines séquences s’ajoute ainsi une voix off qui surcharge le discours et le projette comme unique raison d’être du métrage, le film s’accaparant par ailleurs la thématique centrale et certaines subtilités de mise en scène du toujours (et curieusement) mal-aimé Cannibal Holocaust, et négligeant au passage toute interaction émotionnelle avec le spectateur. Souffrant de faiblesses d’ordre rythmique et structurel, mais surtout de nombreuses maladresses en terme purement visuel, Diary of the Dead, s’il tente de démonter un à un les diary18893353fondements d’un média trompe-l’œil et hypocrite, s’éloigne en réalité de ce qui aurait dû être sa force motrice: manipuler son audience, pour mieux lui démontrer sa capacité à être manipulée. Le film coupe donc immédiatement les liens avec ce qui aurait dû être son principal enjeu, cède à un cynisme facile et trivial, orchestre des séquences brouillonnes et mal montées, et finit par se perdre dans un enchaînement de supports visuels gratuits et d’effets de mise en scène inappropriés et incohérents. Le cinéaste aménage son espace scénique sans jamais l’adapter à son partis-pris, privilégie l’impact des mots à celui des images, et accouche d’une œuvre prétentieuse, hermétique et mal-fagotée. Au final, Diary of the Dead se regarde le nombril et ne respecte jamais le registre dans lequel il s’inscrit, et finit d’être plombé par quelques tentatives humoristiques qui tombent à l’eau et ne relèvent jamais le niveau global du récit.

Même s'il n'est jamais agréable d'admettre l'échec d'un auteur à la filmographie riche en coups de maître, force est d'admettre qu'avec ce dernier long métrage, le grand George A. Romero réalise une de ses œuvres les plus visuellement et thématiquement faiblardes. Il ne reste plus qu'à espérer que le cinéaste retrouve dans son prochain opus ce qui donnait à sa première trilogie toute sa force et sa singularité: une mise en scène réellement pensée, qui parvient à exciter les viscères autant que le cortex!

2/6    

Posté par Kiserzose à 15:41 - Romero, George A. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Frontière(s) - (2008) - Xavier Gens

18879749_w434_h_q80 Synopsis: Alors que l'extrême droite est sur le point d'arriver au pouvoir, de jeunes banlieusards commettent un braquage. Poursuivis par des flics hargneux, les membres de la bande dépassent la "frontière" de leur propre violence. Ils s'enfuient en voiture et débarquent dans une auberge perdue en pleine forêt, à la limite de la "frontière" luxembourgeoise. Les tenanciers de cet étrange établissement, accueillants dans un premier temps, vont peu à peu montrer leurs vrais visages : celui de la folie et de la mort ! Crochets de boucher purificateurs, porcs agressifs, coups de flingue mal placés, armes blanches aiguisées à l'extrême, cannibalisme déjanté, néo-nazi sur le retour : les potes vont devoir affronter la douleur absolue et dépasser la "frontière" de l'horreur la plus extrême. Tout ça dans un seul et unique but : survivre. Ou mourir vite !

Verdict: On ne le dira jamais assez, et on ne se privera pas de le répéter une fois encore, depuis plusieurs années déjà, le cinéma d’horreur tire franchement une drôle de bobine. Entre des productions américaines édulcorées et ultra-conformistes qui drainent les foules et font pleuvoir les billets verts malgré la vacuité totale qui les 18855383anime, et les quelques rares tentatives hexagonales qui se limitent bien souvent à un recopiage vain et embarrassant de recettes made in USA, dont le seul argument de vente est généralement le nombre d’hectolitres de sang présents à l’image, il devient difficile pour les aficionados du genre de continuer à croire en un cinéma dont les aspirations transgressives et contestataires semblent s’être éteintes au fil des ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Frontière(s), premier long métrage du français Xavier Gens avant un difficile passage aux Etats Unis pour l’adaptation du jeu-vidéo Hitman (sorti avant Frontière(s), ce dernier ayant connu des problèmes de distribution), n’avait à première vue rien du messie venu redorer le blason du genre à la française: une bande annonce laissant présumer d’un véritable gloubiboulga sanguinolent, et une affiche pour le moins racoleuse, témoignant avec complaisance de l’extrême barbarie de certaines séquences du film. Mais il en faudrait bien plus pour nous décourager, d’autant que l’on apprendra par la suite que cette annonce à l’étalage d’hémoglobine n’était pas du chef du jeune réalisateur, mais bel et bien une exigence de la part de la commission de censure, devenue franchement tatillonne suite aux échos de l’affaire Saw 3 (qui, soit dit en 18856379passant, avait tour l’air d’un prétexte fait sur mesure). C’est donc sans à priori aucun que l’on se sera plongé dans Frontière(s), un premier long métrage certes pas exempt de défaut, mais dont la propension à renouer des liens avec un cinéma radical et profondément subversif témoigne de l’amour porté au genre par le cinéaste, ce qui, cela va de soi, n’est pas pour nous déplaire. C’est par ailleurs dans des conditions réellement chaotiques que Xavier Gens aura donné naissance à un projet particulièrement cher à ses yeux, ballotté d’un distributeur à un autre, et temporairement contraint de tourner en douce les séquences les plus gores de son scénario, les premiers distributeurs du film ayant décidé du jour au lendemain que le film devrait se limiter à une interdiction aux moins de douze ans. Un projet délicat mais très personnel pour son réalisateur donc, né du passage de l’extrême droite au premier tour lors des élections présidentielles de 2002, événement qui suscita chez le cinéaste une profonde inquiétude qu’il tenta de retranscrire dans son scénario.
On ne s’attardera quoi qu’il en soit pas sur la charge politique du métrage, tout comme on évitera de prêter au film des intentions qui ne sont pas les siennes. Car s’il ne fait pas de doute que Frontière(s) s’attache à  dépeindre le portrait d’une jeunesse asphyxiée par le climat de la Fronti_E8res_205ghettoïsation et des pressions ethniques, il s’impose avant tout comme un survival pur et dur, ultra-violent mais sincère, passionné et profondément viscéral. Film de genre d’une pureté absolue, qui refuse tout compromis et aspire à un véritable retour aux sources, Frontière(s) assume en permanence son concept jusqu’au-boutiste, sans pour autant jouer la carte du voyeurisme ou de la violence stylisée, mais en déployant au contraire un traitement visuel d’une radicalité extrême, comme pour se faire témoin du retour de l’homme à un état de barbarie. Alors certes, la démonstration n’est pas très fine, mais peu importe tant elle sait se montrer efficace. Plus que n’importe quel mot, c’est la sauvagerie extrême de la mise en scène qui prédomine et se fait vecteur de sens, sans jamais s’attribuer une quelconque pose auteuriste, ni céder au dictat d’une morale consensuelle et rassurante.
On pourra toujours contester les choix visuels du cinéaste, tout comme on pourra reprocher au film la disparité de son casting et la simplicité de son scénario, mais cela reviendrait encore une fois à passer à côté de l’essence même du métrage. Enchaînant références et clins d’œil cinéphiliques, de Massacre à la  Tronçonneuse à Robocop en passant par les différents films qui ont marqué ses jeunes années, Gens affiche un véritable culte du genre, au point de transcender littéralement 18677694les règles qui le sous-tendent. Car là ou la grande majorité des productions actuelles s’avèrent froides et impersonnelles, privilégiant l’effet de style sans jamais parvenir à susciter la moindre interaction émotionnelle, Frontière(s) frappe son spectateur intimement et de manière frontale, tant par la charge profondément nihiliste qui l’anime que par le sentiment d’étouffement social qu’il dégage au travers des personnages qu’il met en scène. En tête d’affiche, la jeune et exceptionnelle Karina Testa déploie une énergie stupéfiante qui s’accentue au fil des minutes, l’actrice s’étant par ailleurs particulièrement investie pour son rôle, tant physiquement que psychologiquement. A ses côtés, des seconds couteaux pour la plupart efficaces, notamment Samuel Le Bihan et Patrick Ligardes, tous deux excellents dans des rôles sur-mesure bien qu’inhabituels.

Le cinéma de genre à la française a trouvé l'un de ses plus dignes représentants. Avec Frontière(s), survival sincère et d'une radicalité à toute épreuve, Xavier Gens s'impose comme un auteur prometteur, dont les désirs de subversion sont à la hauteur d'un talent indéniable de metteur en scène. C'est peu dire que le cinéma hexagonal en aura besoin...

4/6

Posté par Kiserzose à 02:17 - Gens, Xavier - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 février 2008

La parole est à Steven!

steven_segal

"J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme d'un artiste, pas seulement comme d'un sexe-symbole"

Posté par Kiserzose à 19:24 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]